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Par Anonyme, le 14.07.2023
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Date de création : 10.05.2007
Dernière mise à jour :
22.05.2022
127 articles
]THEORIE ET PRATIQUE DE L'ETAT Jean-Michel Oudjani
Le déclinisme s’exprime à travers la propension à croire au déclin. Le déclinisme se présente sous la forme d’une déploration (on déplore) ou d’une lamentation (on regrette) qui se nourrit de la vision nostalgique d’un passé heureux souvent reconstruit ou recomposé. Il ne concerne pas l’Etat mais les Pouvoirs (la société, le politique, le religieux…). Comme les Pouvoirs influencent les dirigeants de l’Etat, notamment dans les régimes démocratiques, ce dernier peut être concerné et atteint par cette maladie.
La notion de déclin s’apprécie toujours par rapport à une comparaison, soit avec une époque antérieure, soit par rapport à un environnement. Elle sous-entend aussi une vision d’un présent ou d’un futur idéal qui serait contrariée.
Le déclinisme repose sur certaines croyances pessimistes comme par exemple:
- toute réforme est porteuse d’effets négatifs et pervers qui conduisent à produire un résultat contraire à celui recherché ;
- il existe des courants et des aspirations qui ont une puissance si forte que toute mutation ou évolution est impossible durablement;
- l’innovation et la nouveauté suscitent automatiquement la peur, la régression, la menace et la craint ;
- on sait toujours ce que l’on perd, on ne sait jamais ce que l’on peut gagne.
Le déclinisme suscite deux comportements bien distincts :
- le fatalisme et la résignation conduisent au conservatisme et à l’immobilisme. Le déclin est vécu comme étant une forme de désillusion face à un espoir de progrès. Il est la fin d’un cycle : le présent est subi, le passé est sublimé et le futur apparaît triste. Pour expliquer cette situation qui résulte souvent de la carence des élites au pouvoir, la population recherche des boucs émissaires et/ou essaie d’accréditer l’idée d’un complot ourdi de l’étranger ou par certaines communautés.
- la fuite en avant se traduit par des prises de risque inutiles qui sont une forme de progressisme impatient. Une véritable frénésie du changement, de la réforme et du bouleversement se répand. Des idéologies utopistes génèrent un accroissement du désordre, des frustrations et des déséquilibres. La fuite en avant et la peur du changement facilitent l’émergence de comportements conservateurs et corporatistes parfois très violents. Elle se termine immanquablement en tragédies, en régression et en vrai déclin.
Le déclinisme se conjure aisément grâce à la combinaison de quatre facteurs :
une vision de l’avenir qui se traduit par une ambition exprimée en objectifs réalistes et atteignables; une politique volontariste c’est-à-dire des actions concrètes avec des effets visibles et durables;
le respect affirmé de l’autorité qui se matérialise par des certitudes positives et la mise à l’écart des négationnistes (. ces derniers se distinguent des opposants car ils ont une culture d’opposition systématique et non constructive) ;
la promotion des vertus de base comme l’honnêteté, le dévouement, l’effort et le travail.
La conjuration du déclinisme passe aussi par la promotion de l’idée de progrès. Elle permet de précipiter la mutation du Pays Légal et son remplacement par des éléments issus du Pays Réel. Le progrès ne se résume pas à la science et à la technique. Il concerne toutes les formes de connaissance, les modes de vie, la pensée, l’art… Il s’intéresse à l’ensemble de la personne humaine et à son environnement.
La notion de progrès combine d’ailleurs des éléments qualitatifs (toujours mieux) et quantitatifs (toujours plus). Ce progrès est notamment facteur de :
- puissance car: il permet d’accroître les richesses, l’influence, le pouvoir…
- redistribution car il favorise notamment l’émergence de nouvelles élites et de réduire les inégalités,
- paix sociale car il ouvre par exemple des perspectives d‘évolution, de mobilité et d’enrichissement.
L’objectif de l’Etat est de positiver le progrès et de le diffuser en lui donnant une vocation : améliorer dans la durée les conditions de vie (quantitativement et qualitativement) du plus grand nombre, la dignité humaine et l’environnement. Le principe de précaution apporte un utile complément. Il incite à étendre le champ des connaissances et de la recherche non seulement au fait générateur du progrès mais aussi à l’ensemble des interactions. Une véritable quête vers le mieux peut devenir le moteur d’une espérance collective. Le progrès n’est pas sans conséquence pour l’Etat.
Les différents Pouvoirs Constitués (société, religieux, administration, politique…) et les élites sont traditionnellement conservateurs. Ils craignent la contradiction, la spontanéité, le débat, l’innovation… qui risquent de remettre en cause les équilibres et d’introduire l’incertitude. Ils préfèrent favoriser la recherche du confort matériel, l’individualisme, l’hédonisme… qui sont autant de moyens pour maintenir le statu quo. La science et la techniques peuvent aussi être une formidable machine productrice de déclin en réduisant les êtres humains à de simples outils de production et de consommation, en déshumanisant la société… La course incontrôlée au profit et à la division du travail peut conduire à la barbarie.
Afin de disposer d’un Progrès utile, positif et durable, l’Etat a intérêt à promouvoir et à défendre une forte morale publique.
extrait du livre : L'Etat est une Personne 2009 Jean-Michel Oudjani http://www.thebookedition.com